"IMAGINONS LE PIRE... NOUS NE SERONS PAS DEçUS !"
"IMAGINONS LE PIRE... NOUS NE SERONS PAS DEçUS !"
La crise est aussi une affaire de diététique lexicale. L’institut Médiascopie vient de réaliser une enquête sur « les mots de la crise » en les disposant sur un axe « rassure »/« inquiète ». Parmi les mots qui inquiètent : « licenciements », « chômage », « crise », « récession », « traders », « produits financiers toxiques »… Pas de révélations de ce côté-là. Du côté des mots qui rassurent, des confirmations quant à ceux qui ont la cote en ce moment dans l’opinion : « développement durable », « croissance verte », « protection sociale », « solidarité », « plan de relance », « partage des profits », « consommer autrement »…
Jusqu’à aujourd’hui, seule la psychanalyse, avec sa « cure analytique », a voulu nous guérir de nos angoisses par... les mots.
Les mots qui rassurent sauront-ils nous guérir des… maux qui nous inquiètent ? Pour cela, il faudra qu’ils subissent une radicale mutation génétique : qu'ils deviennent des choses !
En quelques jours, une nouvelle crise mondiale a pris la vedette sur la crise financière et économique. Sans éradiquer cette dernière malheureusement. Au contraire : en venant ajouter de nouvelles inquiétudes, de nouvelles angoisses, dans un paysage déjà lourdement chargé.
Contamination sanitaire réelle et potentiellement exponentielle.
Contamination médiatique virale et numérique.
Masques de protection… Villes fantômes… Hôpitaux, gouvernements, aéroports, police, armées en état d’alerte permanente, conférences de presse ministérielles quotidiennes, stockages massifs de médicaments, recherche de vaccin à très grande vitesse… En quelques jours, nous voici plongés dans un univers visuel de science-fiction médicale à très gros budget.
Et, de nouveau, voici nos peurs et notre sentiment d’insécurité sur l’avant-scène de la dramaturgie médiatique. Avec les inévitables passerelles mentales tissées au-dessus des précipices de nos angoisses. Virus porcin ou mexicain. Virus financier. Virus baladeurs ! Notre monde vit dans les affres du thriller médical planétaire.
*L’épisode actuel fait un peu penser à un excellent roman de Stephen King, « Cellular », dans lequel une curieuse contamination transforme les humains en morts-vivants meurtriers par le moyen d’étranges messages sonores diffusés par les téléphones mobiles. Dans le roman, la contamination virale se diffuse par le média symbole de notre modernité : le portable.
Le « Crises Maker » est un le produit de l'expansion des relations publiques, des techniques de communication et de manipulation appliquées à la politique et d'un profond et inavouable désir de s'inspirer de la fameuse loi du "tous les moyens sont bons pour..." rester au pouvoir, discréditer un adversaire, un concurrent... Variante modernisée du traditionnel « corbeau » des petites villes de province, envers négatif ou enfant naturel du « spin doctor », voici le « fear doctor »…
Le « Crises Maker » rédige des pourriels, variété insane des courriels et travaille avec l’arme redoutable de la rumeur. Il compte sur l’énorme pouvoir de dissémination – de contamination en l’occurrence – qu’offre Internet.
Le métier n’est peut-être pas appelé à un « brillant » (le mot sans doute ne convient pas) avenir mais il compte déjà ses spécialistes qui s’activent sur les différents champs de bataille : la politique, l’économie, les affaires… Objectif : détruire les réputations par empoisonnement de l’atmosphère médiatique.
Heureusement, les « Crises Makers » sont des apprentis sorciers qui ne maîtrisent pas toujours leur art. Ils fabriquent des bombes médiatiques ou plus modestement des boules puantes qui leur explosent parfois à la figure. Avec l’inévitable odeur.
"Tout communique !..." s'émerveille la maîtresse de la maison ultramoderne dans Mon Oncle de Jacques
Tati. En multipliant et en accélérant la création de relation,
de liens, l'émission de promesses, la communication multiplie aussi les risques de ruptures. Les risques de crises. Si souvent le mensonge est au coeur de la crise (Cf Madoff),
la communication est aujourd'hui le grand accélérateur des crises car... "Tout communique !..."
http://www.tativille.com/
Comme dans les scènes de ménage, les crises peuvent parfois se déclencher ou être accélérées par quelques mots malheureux, un ton un rien méprisant,
une attitude, des gestes, des expressions du visage... Dans ces "quick starters" crisogènes, le signifiant compte souvent autant que le signifié, le ressenti autant que l'exprimé.
Les dirigeants devraient-ils suivre des cours de sémiologie comportementale ? Certainement. Nous ferions sans doute ainsi l'économie de nombreuses crises...
Qu'est-ce qu'un crash d'avion ? Une crise brutale et le plus souvent fatale. Qu'est-ce qu'un héros ? Quelqu'un qui, dans des circonstances exceptionnelles, par son comportement sauve des hommes, une idée, une nation... Avec Chesley Sullenberger, 57 ans, ancien de l'US Air Force, l'Amérique compte un nouveau héros : "Sully". Anticipation, sang-froid, maîtrise et humanité : toutes les qualités que l'on aimerait trouver chez nos dirigeants politiques. Particulièrement en période de "crash"... économique.